Avortement et pénurie
La reproduction de la vie immédiate en suspens

, par Négation

Publié dans : supplément au numéro 2 de Négation (1974)

Avertissement

Nous avons essayé, autant que faire ce peut, de res­pec­ter la typo­gra­phie du docu­ment ori­gi­nal, avec ses let­tres capi­ta­les et ses sou­li­gne­ments (les ma­chi­nes de l’épo­que ne connaissaient ni italique ni gras).
De même les des­sins (pro­ba­ble­ment exécutés direc­te­ment sur sten­cil) ont été scannés mais, faute de temps et sur­tout de talent, ils n’ont été que fai­ble­ment retra­vaillés.


Préface à la réédition de Avortement et pénurie

Cette brochure que nous publions en “Archives” sur le site de la revue s’insère dans les discussions sur le blog autour du livre de J. Wajnsztejn, Rapports à la nature, sexe, genre et capitalisme.

Pourquoi la publier sous forme numérique aujourd’hui ?

D’abord parce qu’elle est quasi introuvable sous forme papier (on ne la trouve que dans quelques centres de documentation spécialisés comme le Centre de Documentation Libertaire de Lyon) et qu’à notre connaissance elle n'existe pas non plus sous forme numérique.

Ensuite parce qu’il y a un parallèle à faire entre la sortie de cette brochure issue du courant théorique ultra-gauche hier plutôt anti-féministe et aujourd’hui en pleine « révolution féministe1 » et la sortie récente du livre de JW dans un contexte où les théories du genre rencontrent un grand écho médiatique et s’imposent comme une nouvelle idéologie de base de la société capitalisée.

Dans les deux cas est affirmé la nécessité d’une prise de distance critique avec l’immédiatisme d’un mouvement et/ou d’une théorie qui rapidement, ou plus progressivement, imposent un certain consensus autour des thèmes avancés, au moins à l’intérieur de ce qu’il est convenu d’appeler les milieux de gauche et les cercles éclairés du pouvoir. D’où, dans ces deux situations, l’impression de ramer à contre-courant.

Enfin, parce que sans avoir participé à cette brochure il se trouve que JW se trouvait à l’époque sur des positions très proches de celles de Négation, même s’il avait déjà émis peu après, au cours d’une réunion avec une personne ayant participé à la rédaction de la brochure, une critique par rapport à une vision trop unilatérale et idéologique de la question de l’avortement.

Le contexte politique de l’époque

Ce qui change surtout, c’est le contexte politique et théorique. Celui des années 1970 est encore celui de la théorie du prolétariat et les groupes communistes radicaux, même s’ils ont déjà amorcé une critique du programmatisme prolétarien et de la réduction de la théorie communiste à une théorie du prolétariat, jugent la « misère du féminisme » (cf. le titre homonyme hautement significatif d’un article du numéro 2 de la revue La Guerre sociale, 1978) à l’aune d’une croyance intacte en ce que les prolétaires seront contraints de faire, à savoir la révolution prolétarienne, une révolution qui réglera tous les problèmes, nous y reviendrons.

C’est ainsi que dans la brochure « Avortement et pénurie », la contradiction des rapports hommes/femmes, qui prend la forme d’une scission, est englobée dans celle des classes. Nous ne posions, certes, pas encore la question de la révolution à titre humain, car nous en restions classiquement à la question de la révolution prolétarienne, mais notre originalité résidait dans le fait de ne pas la voir comme affirmation de la classe du travail (le programme prolétarien) mais comme auto-négation du prolétariat.

Ce que certains d’entre nous appellerons, quelques années plus tard, les pratiques critiques, n’étaient pas vues dans leur double sens d’aliénation et de désaliénation, car ce dernier caractère nous était masqué par la critique que nous faisions des mouvements qui se fixaient pour but une « libération » (libération du travail de son enveloppe salariale capitaliste, libération de la femme, etc.). Ces pratiques n’étaient donc saisies que dans leur seul sens d’aliénation, comme exclusivement contre-révolutionnaires (ou alors « modernistes ») puisque ne développant immédiatement aucun contenu communiste. Ce qui était occulté dans cette version plus fine du matérialisme historique que celle de sa version lénino-stalinienne, c’est que le procès d’universalisation de la nature, tant intérieure qu’extérieure, ne peut s’effectuer qu’à l’intérieur d’un procès d’individualisation de l’être humain.

Le capitalisme marque une étape de ce processus et non son achèvement qui transformerait enfin l’individu en pur prolétaire (le rêve de tout communiste révolutionnaire !). Or il n’en est rien, car l’individu, à ce stade, entre en contradiction avec ses déterminations spécifiques (travailleur et prolétaire, homme ou femme, jeune ou vieux, etc.). L’existence d’une organisation de classe était censée recadrer tout cela.

Dans cette optique néo-programmatique, la crise du capital n’est conçue que comme crise de l’universalisation capitaliste, crise d’un mode de production et éventuellement comme la restructuration de celui-ci2.

Aujourd’hui, cette croyance en le prolétariat et plus généralement en l’existence d’un sujet révolutionnaire est morte, car elle ne peut être référée concrètement ni à une classe en soi (bien que certains la cherchent maintenant en Chine ou au Bangladesh) ni à une classe pour soi et à des modèles de luttes du passé, conseillistes ou de type grève générale insurrectionnelle. Les « prolétaires » peuvent de moins en moins se définir comme tels et même comme travailleurs et c’est pour cela que dans la période d’insubordination des années 1960-1970, ils ont pu essayer de se définir aussi à partir d’autres déterminations (de sexe pour les mouvements de femmes, d’âge pour les mouvements de jeunesse, de préférence sexuelle pour les mouvements homosexuels). Mais aujourd’hui, cela ne donne pas plus de poids, si ce n’est historique, aux quelques reliquats de ces mouvements puisqu’eux aussi, au moins pour ce qui est des pays à capitaux dominants, sont morts ou transformés en lobbies favorisant toutes les stratégies médiatiques possibles et imaginables. À cet égard, les théories du genre importées des États-Unis, mais avec des prémisses théoriques françaises chez les auteurs déconstructivistes, viennent conforter tout un arsenal juridique et des pratiques assurant un nouveau mode d’être au capital.

Jacques Wajnsztejn, juillet 2014

 

Notes de la préface

1 – Cf. l’évolution plus que récente de la revue Théorie Communiste.

2 – C’est sur cette position qu’est créée la revue Théorie Communiste et elle la développera pendant trente ans jusqu’à sa conversion genriste d’aujourd’hui. Le mouvement de l’humanité y était confondu avec celui de l’universalisation de la nature extérieure ce qui conduisait à transférer au capital ce qui était jusque-là, dans le marxisme, dévolu à la classe du travail, à savoir être le moteur du mouvement historique d’ensemble. Il y avait bien conscience de la crise du travail, mais soumise à une conscience matérialiste des déterminations naturelles.
À la même époque, pour la revue éphémère Crise Communiste en partie composée d’anciens de Négation, le marxisme occulte totalement le procès d’individualisation pour poser l’individu comme tel dont la contradiction… est de se trouver dans des rapports sociaux contradictoires ! Alors qu’il faudrait comprendre que nous nous individualisons seulement parce que cette individualisation tend à se produire sur sa propre base en même temps que sur la base du procès d’universalisation de la nature.
Quant à la revue Invariance, à partir de sa série II (1971), l’individu y est réduit à particule de capital et il ne peut plus critiquer ou subvertir ce qui est devenu la communauté du capital. Il doit sortir du capital qui a conduit l’humanité à une longue « errance » et retrouver ses déterminations naturelles afin de sauvegarder l’espèce. Cette vision qui, à l’époque, en fit sourire plus d’un, est aujourd’hui celle des courants primitivistes (Zerzan) ou en partie celle des courants sécessionnistes (Holloway). Sur cette notion de sécession, cf. notre critique dans La tentation insurrectionniste (Acratie, 2012).

 


 

 

fac-similé de la couverture originale

 

 

Avortement et pénurie
La reproduction de la vie immédiate en suspens

Le monde où nous vivons présentement est celui dans lequel se concentrent exhaustivement les contradictions plusieurs fois millénaires de la préhistoire humaine.

Avortement et pénurie ne sont pas deux événements séparés, mais l’expression du pourrissement des contradictions inhérentes aux sociétés de classe qui trouve sa concrétisation extrême dans la crise capitaliste actuelle.

Avortement et pénurie sont le reflet de la négation de l’homme par le Capital, qui est achevée dans la suspension tendancielle de la reproduction de la vie humaine immédiate.

En France, partie de ce monde en décomposition, la reconnaissance de la pénurie se double d’un débat virulent sur l’avortement. Au-delà des mots et de l’apparence, il faut comprendre leur réalité profonde.

Pour cela, il est nécessaire de reprendre les choses à leur racine. Inversement, cette nécessité est une contrainte exercée sur tous par une période de l’histoire qui est, à tout point de vue, radicale.

 

« En admettant un instant que les “chartes”, les parlements, les lois libérales et autres bataclans, qui dans la phase très moderne de l’histoire apparaissent comme des mots désormais vides de sens, non seulement au marxiste avisé, mais à l’observateur le plus ingénu, puissent à l’occasion nous arranger dans des secteurs de temps et d’espace donnés, nous laisserons dialectiquement d’autres forces et d’autres partis lutter pour eux, et nous nous emploierons sans cesse à dénoncer ces finalités et ceux qui s’en font les paladins. »

 

A. Bordiga (Invariance, no 9, déc. 70, pp. 117–118)

 

 

 

 

La reproduction de l’espèce et la reproduction des moyens d’existence par rapport aux modes de production

« Selon la conception matérialiste de l’histoire, l’élément déterminant dans l’histoire est la production et la reproduction de la vie immédiate. Or, celle-ci est elle-même de deux sortes : d’une part, production de moyens d’existence, d’objets nécessaires à la nourriture, à l’habillement, au logement et les outils qu’ils exigent ; d’autre part, production des êtres humains eux-mêmes, propagation de l’espèce. »

F. Engels (L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État. Préface de la 1re édition, 1889)

La première division historique du travail est sexuelle. Dans les communautés primitives, la femme reproduit l’espèce au rythme de la nature et cette fonction, sous l’effet des rapports polygames, lui assure une prédominance. Peu à peu, les techniques de production se perfectionnent et il est produit plus de valeur d’usage qu’on en a d’utilité. Ainsi, avec la dissolution des communautés primitives, l’apparition de la division sociale du travail, l’apparition de la production marchande, l’humanité tend à maîtriser la nature, sans pouvoir réaliser vraiment cette maîtrise.

Le mode de production capitaliste, qui achève radicalement la séparation de l’homme d’avec sa communauté, amorcée avec les premiers échanges marchands, constitue l’apogée de cette contradiction.

La femme, chair à plus-value absolue

La période marquée par l’apparition et le développement de la grande industrie (en Angleterre, dès la fin du 18e siècle) voit les femmes ainsi que les enfants jetés dans le procès de production capitaliste. Cela permet, par le moyen de la concurrence, de faire baisser le niveau réel des salaires. En soi, c’est déjà le reflet d’une des lois fondamentales du Capital : la concurrence interne à la sphère du capital variable, mais justement, il ne s’agit que de cela. Le caractère absolu de la plus-value extraite du surtravail des prolétaires en général implique pour eux une quasi-condition de bétail à accumulation. Aux yeux du Capital, la femme peut alors procréer au rythme approximatif de la nature, produire et élever des enfants qui sont vite utilisés à la manufacture et à la mine, tout en suant la plus-value absolue obtenue en allongeant démesurément la journée de travail. Elle est conjointement le bestiau qui va toujours plus loin sous le coup de l’aiguillon et encore, comme avant, la pondeuse “primitive”, la productrice de futurs producteurs.

Comment le Capital parvient-il à régler les naissances et à contrôler la croissance de la population ?

– Selon les besoins du développement, interviennent des famines, des crises de réajustement conjoncturel. Il est encore possible pour une partie de la population des villes d’espérer un repli vers les campagnes et de s’exclure ainsi du mode de production capitaliste pour un moment.

– Au niveau quotidien des familles, l’avortement a lieu clandestinement. Il est le fait, très répandu, de la voisine, de soi-même, de la tricoteuse/bricoleuse ; c’est une sorte d’auto-régulation opérée après coup et qui demeure dans le secret de la communauté ouvrière.

– Il faut noter aussi l’aspect idéologique et la propagande pour la morale de l’abstinence (cf. l’accumulation primitive et contemporaine du Capital en Chine).

Tous ces phénomènes tendent à intervenir sur l’évolution du nombre des prolétaires et il y a régulation effective de la population dans les pays développés. Ce qui ne signifie pas, bien sûr, que cette adaptation du nombre de la population aux nécessités du mode de production capitaliste se fasse d’une façon harmonieuse, tout au contraire.

Pour nous résumer, l’introduction des femmes et des enfants dans le mode de production capitaliste est une nécessité conjoncturelle. Elle lui permet, en extrayant la plus-value absolue de cette main-d’œuvre encore moins chère, d’accumuler le capital nécessaire à l’apparition de la grande industrie. Cette apparition préfigure elle-même le passage de la plus-value absolue à la plus velue relative.

La femme, chair à contradictions capitalistes

Prolétarisation de la femme

Le moment de ce passage à la domination réelle (à 1’échelle universelle) du Capital, long tunnel de catastrophes qui va, depuis la constitution du marché capitaliste mondial (fin du 19e siècle) jusqu’à la Seconde Guerre mondiale (et à des rythmes très différents selon les États) voit la réintroduction progressive de la femme dans le procès productif, après une éclipse plus ou moins nette en Angleterre à partir du 1850, puis, ailleurs, dans la seconde moitié du 19e siècle (les usa échappant plus ou moins à ce mouvement, le mode de production capitaliste s’y développant sur des bases plus pures). Cette réintroduction se fait plus massive depuis la reconstruction capitaliste de cette immédiate après-guerre (39–45). Mais cela correspond à une double nécessité :

a ) la fin d’un cycle de valorisation, de reproduction élargie du capital rend nécessaire la baisse des salaires réels par l’introduction d’une main-d’œuvre à bon marché : les femmes.

Pendant que les prolétaires se font tuer sur les champs de bataille du Capital, en 1914 – 18, “on” s’aperçoit que leurs tendres épouses, quand il le faut, sont capables de faire tourner les machines, de conduire les autobus, et les suffragettes de tous les pays ne manqueront pas de le faire remarquer pour revendiquer, et obtenir, les bases du parachèvement de la démocratie “droit de vote”, “droit au travail”, etc., qui allaient leur être reconnus en 45. Le mouvement ascendant de la valeur en procès, avec la domination réelle et totale du capital sur toutes les fractions de l’espèce, ici les femmes, se traduit par la progression de la démocratie.

b ) en effet, cette nécessité conjoncturelle (mais d’une conjoncture qui a mis plus de 50 ans à “durer”, preuve de la sénilité d’un mode production vivant continuellement en état de crise ouverte ou fermée) se confond dès lors avec l’apparition d’une nécessité structurelle naissant du fond de la contradiction de base du mode de production capitaliste : le passage définitif à la plus-value relative, rendu nécessaire par le développement du capital constant (machines, techniques de production) pousse à l’utilisation de cette main-d’œuvre peu combattive et moins chère (moins chère, car le salaire n’inclut plus en totalité, comme lorsque le prolétaire-homme travaillait seul la reproduction/entretien de la vie du conjoint) afin de freiner la baisse tendancielle du taux de profit. Évidemment, plus la prédominance du travail mort sur le travail vivant se développe au sein du procès de production, c’est à dire plus les forces productives matérielles ou scientifiques se développent, plus le travail humain se réduit à un simple processus de surveillance et de contrôle de la machinerie (et à son rythme) plus il devient nécessaire, structurellement et fondamentalement, d’utiliser une main-d’œuvre bon marché, plus le nombre de femmes, de jeunes, et d’immigrés s’accroit, relativement au nombre d’hommes, d’adultes et d’autochtones au sein du travail vivant (cf. Intervention Communiste no 2, déc. 731). Les femmes, les jeunes, les immigrés tendent à remplacer peu à peu les hommes, les adultes les autochtones comme prolétariat fondamental (producteur de plus-value), ces derniers restants des prolétaires, mais le nombre du prolétariat fondamental diminuant ainsi par rapport au nombre global des prolétaires.

Il faut donc, parallèlement au développement des crèches et cantines, garderies et écoles (laïques ou parallèles, des Jeunesses Hitlériennes, en passant par les Éclaireurs de France, les Jeunesses Communistes et les crèches sauvages), parallèlement à la mécanisation du travail domestique (appareils ménagers, conserves, plats cuisinés, restaurants d’entreprise, etc.) il faut empêcher la femme de procréer sans arrêt, car les grossesses, les soins à donner aux enfants font perdre un temps précieux qui doit être utilisé à la production (et/ou au militantisme, à la “politique” complément indispensable du travail salarié). Pour cela, on développe une idéologie de sa “libération” de son ancien rôle, et son accession à une “autonomie” chère aux cornettes du mlf, cette idéologie, cette autonomie trouvant immédiatement ses limites dans le bagne du salariat. Pour cela aussi, on lui donne (ou plutôt on lui vend) les moyens pratiques de procréer moins : c’est le rôle de la contraception et, au pire, de l’avortement Karman, si “indolore” et si rapide ! Et même remboursé intégralement par la sécurité sociale, ce serait bien à partir de la plus-value fournie par les prolétaires, et donc par les femmes en grande partie !

De plus cette tendance moderne à utiliser de plus en plus massivement la “force de travail simple” (surtout les femmes les jeunes et les immigrés) a comme avantage supplémentaire pour le capital de pouvoir la rembarquer dans les pays d’immigration ou dans ses foyers lorsqu’il est nécessaire pour le capital d’exclure de 1a force de travail de façon rapide et sans trop de problèmes la femme rencontre ainsi à chacune de ses entrées dans la production capitaliste, l’extrême aliénation dont chacune de ses phases est porteuse elle est injectée au début de l’accumulation du capital comme bête à accumulation primitive dans les manufactures, connaissant ainsi la bestialité brutale de cette première période du capital, sa surexp1oltation forcenée, la misère absolue qui y régnait (cf. Engels, La situation des classes laborieuses en Angleterre, et Marx Le Capital, t. 1). Puis lorsqu’elle est réinjectée, c’est pour connaître les joies testamentaires du capital dans sa phase ultime : le travail à la chaîne le plus intégral, les salaires les plus bas, la déqualification totale. La femme connaît ainsi les deux moments les plus chargés de la condition prolétarienne, sans phrase ni réformisme quelconque. Elle est à la fois utilisée : 1/au début du cycle capitaliste afin d’accumuler le maximum de valeur pour développer les forces productives et la machinerie ; 2/à la fin du cycle pour la raison inverse : à cause du développement immense de la valeur, des forces productives, et de la machinerie. La femme est donc utilisée comme force de travail simple ; ce n’est pas un hasard si, c’est durant ces deux périodes que sont prônées par l’État et les pouvoirs du capital l’abstinence et l’avortement.

De plus, elle est à cause de cela, encore plus limitée et marquée par sa fonction procréatrice, qu’on lui interdise brutalement de l’exercer, ou qu’on la contraigne, tout aussi brutalement, à en user de façon inconsidérée ; des deux côtés le capital la soumet encore plus à la nature. En outre, elle connaît intimement le sort le plus profond de chaque prolétaire : l’insécurité, la dépendance vis-à-vis du capital. Injectée, éjectée, réinjectée dans le procès de production, ballotée par les cycles de valorisation, elle touche au tréfonds de l’être capital.

La condition féminine prolétarienne est vraiment le résumé le plus saisissant de la condition prolétarienne.

Valorisation/Dévalorisation et Exclusion du Procès de Production

La contradiction fondamentale du capital est celle entre valorisation et dévalorisation. Plus le capital augmente, plus il lui est difficile d’avoir une augmentation importante de la plus-value relative, plus la productivité augmente, plus la valorisation du capital est difficile. La limite de celle-ci est le grand ennemi du capital : le prolétaire. C’est pourquoi il tente de le réduire, de le nier, de l’abolir, socialement, productivement, physiquement, en faire la force de travail la plus simple possible, ce qui d’ailleurs ne fait que précipiter la dévalorisation. « Le capital présente la contradiction suivante : il cherche constamment à supprimer le temps de travail nécessaire, mais le temps de surtravail n’existe qu’en opposition au temps de travail nécessaire si bien que le capital pose le temps de travail nécessaire comme condition et nécessité de sa reproduction et de sa valorisation. » (Marx, Grundrisse, t. II). « Le capital est une contradiction en procès : d’une part, il pousse à la réduction du temps de travail à un minimum ; et d’autre part, il pose le temps de travail comme la seule source et la mesure de la richesse. Il diminue donc le temps de travail sous sa forme nécessaire pour l’accroitre sous sa forme de surtravail. » Mais pour diminuer le temps de travail nécessaire et accroitre le temps de surtravail, il développe de façon gigantesque le capital fixe « le monstre animé qui matérialise la pensée scientifique et domine pratiquement tout le processus » ; or, le capital fixe n’engendre aucune valeur, il produit graduellement la dévalorisation de façon tendancielle. De plus, l’importance grandissante du temps de circulation ne fait qu’augmenter cette dévalorisation. « La tendance progressive à la baisse du taux de profit général est tout simplement une façon propre au mode de production capitaliste d’exprimer le progrès de la productivité sociale du travail » (Marx).

La valorisation n’existe que par la dévalorisation, la valorisation n’existe que par son opposition à la socialisation qui immobilise le capital (routes, chemins de fer, etc.). « La contradiction s’effectue entre la base sur laquelle s’est édifié le capital (loi de la valeur) et le résultat auquel il aboutit : la, socialisation de la production, des hommes ainsi que la négation tendancielle de la valeur par la suite de l’utilisation de la science devenue “force productive”. (Invariance no 6, Ier trimestre 19692). Le mouvement du capital va donc consister, à partir de cela, à lutter contre les résultats de son procès, résultats qui inhibent sa valorisation la socialisation, c’est-à-dire à détruire périodiquement des moyens de production et des prolétaires sur les champs de bataille, seul remède à cette situation. En dehors de ces moments-là, il lui faut exclure du procès productif une masse croissante de prolétaires, qu’il les entretienne, plus ou moins, par des fonds de chômeur ou qu’il les exclue purement et simplement de sa communauté matérielle. Le mode d’insertion dans le mode de domination réelle du capital devient même pour des zones entières du monde leur exclusion, ou leur non-développement afin de continuer son mouvement d’auto-valorisation, se rétrécissant cependant à chaque fois (cf. Bulletin Communiste, déc. 733 et Négation supplément au no 24). C’est ce mouvement qui forme la deuxième base objective à l’institutionnalisation de l’avortement légalisé, les deux étant d’ailleurs à la fois liées et opposées, reflet de ce même couple valorisation/dévalorisation.

 

D’une part, plus encore que par avant, le capital dominant réellement le monde exclut brutalement du procès de production ceux qu’il ne parvient pas à y intégrer, ceux qui sont excédentaires par rapport aux besoins du capital, et que le capital a entraînés dans son cycle. La pénurie s’accompagne de son ombre dialectique : la surpopulation, tendance inhérente au capitalisme. Ce sont les terribles saignées de la IIe guerre mondiale, la liquidation physique des classes moyennes (juives) par le capital allemand avec la complicité des démocraties occidentales (cf. « Auschwitz ou le grand alibi », article de Programme Communiste repris par Le Mouvement Communiste5) la liquidation physique des ouvriers russes révolutionnaires ou simplement combattifs, celle des classes moyennes polonaises et celle des peuplades semi-nomades émergeant de zones allant des communes primitives au despotisme asiatique ou au féodalisme vivant dans les steppes asiatiques d’urss, par Staline. Ce sont plus récemment, les génocides du type Biafra/Nigeria, Inde Pakistan/Bangladesh, Burundi, les famines prétendument “naturelles” du type Éthiopie, Sahel, Inde (sécheresse artificielle et destruction des réserves naturelles). Enfin, le parcage des Palestiniens dans les camps de misère qui ne sont que l’antichambre de leur mort programmée.

Ceux que stérilisation autoritaire (et parfois récompensée d’un transistor) n’a pu détruire, la faim, la maladie, la misère organisée, sont là pour régler leur compte et permettre au capital la poursuite de son procès de valorisation.

Dans nos pays développés et civilisés, si elle est aussi dramatique, la régulation est un peu moins sanglante. Les classes moyennes utilisent la contraception, et le prolétariat pratique de façon encore clandestine, l’avortement. L’accélération de l’accumulation du capital entraîne en effet une diminution relative des besoins à long terme de main-d’œuvre. De plus, l’allongement de la vie moyenne des hommes grâce aux “progrès de la science” permet d’exploiter plus longtemps (15 à 20 ans de plus) le même prolétaire !

Il faut noter encore que la régression de l’agriculture traditionnelle et d’une façon générale l’exclusivité du mode de production capitaliste rendent impossible un flux de population en dehors de celui-ci. Le cas des communes hippies exprime la décomposition des rapports sociaux au sein du capital “à bout de souffle”. Elles n’ont été produites et permises que par la valorisation du capital encore possible à travers sa dévalorisation croissante, d’où leur relative “marginalité”. La crise ouverte de la valeur est aussi synonyme de destruction de ces communes.

La contraception et l’avortement permettent ainsi d’éviter la production d’individus qu’il est et sera de plus en plus difficile d’intégrer au procès de production. Au sein de l’humanité organisée par le capital une concurrence barbare se développe : pour réaliser leur “émancipation” les femmes doivent cesser de produire les futurs individus qui les priveraient de leur fonction de capital variable. Les fœtus contre les femmes ! mlf ! gis ! “laissez les vivre” ! mlac ! charognards ! Qui donc allez-vous… “choisir” ?

Par tout cela le mode de production capitaliste montre son visage barbare, et finalement son incapacité à programmer réellement son évolution.

la Perspective de la Crise

De la même façon que la seule surpopulation dont souffre l’humanité est la surpopulation par rapport aux besoins du capital, “la seule pénurie dont souffre le capital est celle du profit”.

Incapable de se reproduire lui-même le capital eut aussi — et c’est le même mouvement — incapable d’assurer la reproduction de l’espèce humaine. Comme on peut s’en assurer ces temps-ci, la régression économique, phénomène initial de la crise, arrive au galop, et le capital tente de réaliser au maximum son irréalisable utopie fondamentale : la suppression du prolétariat en tentant d’en enrayer la généralisation (ce qui va d’ailleurs à l’encontre de son autre rêve : la prolétarisation générale par le salariat). Cette contradiction se lit dans le néo-malthusianisme moderne qui a pour base, non plus la nécessité de développer les forces productives, mais d’en stopper le mouvement. En même temps le taux moyen du salaire baisse, car on n’y inclut plus la reproduction de la future force de travail, le salaire d’une grande partie du prolétariat fondamental. Ainsi, le taux de profit peut augmenter et la crise de la valeur semble illusoirement freinée. En fait la plus-value relative est encore plus relative, et la dévalorisation accentuée par ce fait.

Quand les prolétaires défendent leur marchandise/force de travail, de plus en plus difficilement, c’est que leur existence de capital variable devient de plus en plus difficile à assumer matériellement, cela se manifeste :

– au niveau de la satisfaction des besoins naturels (nourriture, pétrole) ;

– au niveau de la reproduction de l’espèce (l’avortement généralisé en est le symptôme vu que l’espèce est prolétarisée, soumise universellement au capital).

C’est la crise qui commence, même si elle en a encore pour longtemps avant d’attaquer complètement le niveau de vie des prolétaires. C’est justement parce qu’ils ont de plus en plus de mal à défendre leur marchandise/force de travail, leur existence de capital variable, que les prolétaires vont se trouver contraints de détruire la vie (in)humaine, de se détruire en tant que classe du capital et de l’échange, et reformer la vie humaine, le Communisme.

L’avortement est bien situé au centre de la contradiction entre les forces productives modernes et les rapports de production capitalistes trop étroits, comme entre la nature capitaliste (nocive) de ces forces productives et l’existence de l’humanité. C’est l’avortement de la vie même qui s’y dévoile.

Drame chez les Hominiens (destruction de l’être générique)

D’ailleurs, dans la fatigue, l’humiliation, l’ennui du travail salarié, comment pouvoir désirer un enfant ? Quels rapports peut avoir avec lui le prolétaire, si en sortant du boulet il ne reste qu’à acheter, bouffer, dormir ? C’est un drame. Et l’avortement, une libération ? Non ! Une amputation, un drame aussi !

Un drame collectif, un produit de la société capitaliste : « À la place de tous les sens physiques et intellectuels est donc apparue la simple aliénation de tous ces sens, le sens de l’avoir » (Karl Marx). L’être humain, ainsi réduit à de l’“avoir”, a de la valeur d’échange, dans son corps devenu “barbaque” subit la derrière mutilation : la destruction de son être et de son sens génériques. La vie productive étant la vie générique (c’est-à-dire la vie engendrant la vie), l’être humain qui produit du capital, produit de plus en plus la vie de l’être du capital, sa mort à lui, qui se manifeste dans son rapport au genre humain, rapport totalement barbare. « L’être générique de l’homme, aussi bien que la nature (la procréation entre autres) que ses facultés intellectuelles génériques, sont transformées en un être qui lui est étranger… Il rend étranger à l’homme son propre corps, comme la nature en dehors de lui » (K. Marx, Manuscrits de 1844, Éd. Sociales, p. 64). Au moment où l’homme est rendu étranger à l’homme, et où chaque homme considère autrui selon la mesure et selon le rapport dans lequel il se trouve lui-même en tant que salarié, l’avortement bien loin de manifester le dépassement de l’identification animale à l’activité générique, et l’accession au besoin humain de communauté, manifeste au contraire la réduction de l’homme à l’état de chose, seules les choses n’éprouvent pas le besoin de se perpétuer.

À la minéralisation de la nature correspond la réification de l’homme.

L’avortement est donc une contrainte supplémentaire, barbare et inhumaine que les avorteurs de tous les pays prétendent dé-dramatiser : avant d’avorter, on cause, on se tutoie, on se raconte… Pendant, on fournit même quelquefois à la femme un miroir qui lui permet de se voir avorter, ou on prend des photos et films que l’on diffusera. La barbarie est mise en spectacle et intériorisée. La femme prend sa mutilation pour sa libération.

 

 

 

 

Sur la pratique et l’idéologie de l’avortement

Nous l’avons dit plus haut, l’avortement produit par le Capital est un drame et non une libération. Ceci implique, avant de poursuivre, deux remarques :

– Les salaires étant ce qu’ils sont, la vie sous le Capital étant le plus souvent, avec des enfants, la “vie de famille”, les besoins immédiats d’avortement sont réels, et, comme nous utilisons la médecine et la sécurité sociale, etc., nous utilisons aussi l’avortement pour aménager un peu notre survie dégueulasse. Et la méthode Karman également, par conséquent. Nous “préférons” un avortement légal et remboursé à un avortement illicite et cher, cela va de soi.

– Mais nous ne présentons pas cela comme un départ pour une quelconque lutte révolutionnaire, subversion de la société… Ce sont pis-aller du Capital. Et nous n’avons pas à aider les réformateurs et militants de l’avortement libre et gratuit, qui, par leur pratique, se font les agents des besoins du Capital et rien d’autre. D’ailleurs justement, parce que nous avons besoin d’eux pour nos avortements, et que cela passe obligatoirement par eux, nous ne pouvons que nous opposer à eux pratiquement. De même sous le règne du salariat, nous avons besoin d’employeurs pour survivre, mais c’est le rapport social lui-même qui nous contraint à lutter contre eux. La critique théorique (ce texte) n’est que le résultat de notre confrontation (ou de gens proches de nous) avec ces avorteurs. Ce texte est donc bien un acte pratique qui ne peut tendre qu’à préciser la critique confuse qui se manifeste un peu partout de la part d’avortées (ou de devant être-avortées) qui mettent en cause ces mouvements divers pour l’avortement libre et gratuit.

L’Avortement comme marché

Aux usa, une loi fédérale autorise les femmes à se faire avorter, depuis janvier 1973, dans les cliniques et hôpitaux du pays, pour lesquels cette opération est une source de bénéfice comme n’importe quelle vente de service dans la société capitaliste.

En Hollande, où la loi réprimant l’avortement est encore plus sévère qu’en France, onze cliniques spécialisées pratiquent au moins 70 000 avortements par an, sous la couverture compréhensive de 15 000 médecins (sur 18 000 en exercice) et de l’administration. Un haut fonctionnaire déclare : « La loi interdit toujours l’avortement, mais à part le fait qu’on ne parvient pas à la modifier, tout marche très bien. Les médecins ont parfaitement arrangé les choses » et chaque avortement rapporte aux cliniques entre 150 et 200 F de bénéfice. (Le Monde du 8 et du 9/10 décembre 1973)

Que les médecins se rassurent ! en aucune façon leur pouvoir n’est remis en cause ! Leur monopole est préservé et leur science est quand même rémunérée, même si ce n’est plus au taux si élevé que leur permettait l’illégalité antérieure de l’opération. Par la légalisation et la banalisation de l’avortement, le corps médical s’accapare un marché qui, auparavant, était la propriété de quelques-uns de ses membres, qui s’occupaient des plus riches, et des misérables bricoleurs de l’aiguille à tricoter pour le reste. Grâce aux lois nouvelles, les médecins peuvent élargir leur rôle de marchands d’hygiène et de santé, et exercer plus complètement leur racket au sein du Capital.

L’Avortement objet du racket gauchiste et moderniste

En France, avec la mise en coupe réglée de l’avortement par les rackets gauchistes (mlac…) on assiste au parachèvement de la démocratie comme réalité et de l’autogestion comme projet

L’idéologie du choix

L’idéologie du choix caractéristique de la conception démocratique de l’activité humaine consiste à faire croire au prolétaire à sa capacité de “choisir”, de “décider”, tout ceci allié au mythe de l’information. Femmes, vous pouvez “choisir” de vous faire avorter ou non, vous deviendrez “autonomes”, c’est à vous de “décider”…

Ainsi, l’infecte fiction démocratique, qui a tiré sa forme générale du parlementarisme, tente, avec le stade de la domination réelle du Capital, de faire du corps humain lui-même un “parlement” où la femme voterait, “choisirait” en toute conscience (grâce à l’information !) son type de mutilation actuelle (les trois solutions : avortement, procréation et contraception, étant de toute façon dans cette société aussi inhumaine et purement réponse du Capital).

Dans nulle forme de société, la production et la reproduction des moyens d’existence et de l’espèce n’est une question de choix, mais de dynamique sociale. Le “choix” est inscrit dans et déterminé par le mouvement cyclique reproducteur de toute société. Reste à savoir ce qui est à la base de ce mouvement : dans la société présente, il s’agit de l’accumulation du Capital et de rien d’autre.

Aussi n’est-ce pas par choix que les femmes du prolétariat fondamental des pays développés utilisent l’avortement plutôt que la contraception, tandis que celles des nouvelles couches moyennes et les étudiantes utilisent plutôt la pilule. Les couches moyennes, d’une façon générale, cherchent à planifier leur avenir matériel pour échapper à l’insécurité de leur prolétarisation, alors que les prolétaires continuent dans leur majorité à subir cette insécurité au jour le jour.

Et pas plus qu’il n’y a choix de la solution la moins immédiatement insupportable, il n’y a absence de choix par manque de “lumières” — par manque d’information, ou par la persistance de tabous anciens — chez les femmes qui n’ont recours qu’à l’avortement, ou qui acceptent la procréation subie comme une nécessité naturelle. Le manque d’intérêt de la majorité des femmes pour la prise en charge de leur propre procréation s’explique assez par les limitations imposées, dans tous les cas “choisis”, par les conditions d’existence sous le capital (à l’époque où le capital souhaite cette prise en charge, ce manque d’intérêt peut même apparaître à son tour comme une sorte de choix : un “refus”).

Un cas extrême est celui des femmes des pays sous-développés qui s’avèrent, à leur gouvernement sidéré, ne pouvoir être rendues moins fécondes que par une stérilisation autoritaire. Et de se lamenter sur leur manque d’instruction… Mais, si le capital domine réellement la société dans ces pays, s’il y a détruit les modes de production antérieurs avec leur équilibre propre de la population, c’est en désorganisant la société sans la réorganiser. De même que cette population qu’il crée ne trouve ici ni emploi ni ressources, de même les veilles valeurs, dont était (en harmonie avec les modes de production antérieurs) la fécondité, ne sont pas remplacées par d’autres ; elles subsistent quelque temps ou, s’éteignant, ne laissent que le vide, la soumission sans réaction aux aléas naturels et sociaux.

À l’autre extrême, si l’on rencontre une certaine désaffection à l’égard de la pilule, même chez les jeunes femmes des nouvelles couches moyennes, ce n’est pas par “résistance inconsciente”, comme voudraient le faire croire les médecins qui sont pour la pilule, et les psychanalystes en quête d’emploi. Si certaines “préfèrent” encore risquer l’intervention brutale qu’est l’avortement, cela peut s’expliquer à plusieurs niveaux. Le plus immédiat est l’imperfection technique actuelle de la pilule, ce qui est certainement résolvable par la médecine du capital qui y a intérêt. Plus profond est le “refus” de la pilule en tant qu’ingérence étrangère permanente dans le corps de la femme, ingérence incomprise et incontrôlée dans ses effets par elle, décidée et contrôlée par le médecin. Une réforme autogestionnaire de la médecine (connaître son corps, se soigner les uns les autres) fait d’ailleurs partie de l’idéologie des plus “avancés” des militants du mlac et du meilleur des mondes d’Ivan Illich entre autres ; autant dire que, s’il n’est pas certain qu’elle soit réalisable par le capital, du moins fait-elle partie intégrante de son utopie de fonctionnement harmonieux. Mais ce que le capital ne pourra jamais procurer, ni souhaiter, c’est que la contraception, même maîtrisée techniquement par ses utilisatrices elles-mêmes, ne soit plus un problème individuel de plus imposé par une nécessité sociale extérieure. Et cela aussi joue, tout au fond des fameuses résistances…

En conclusion, dans sa phase actuelle de domination, le capital fait privilégier un moment sur les autres, et sur l’ensemble du mouvement, celui du choix, de la décision qui s’autonomise, alors que tout choix, toute décision, sont déjà inscrits dans ces lois internes, elles-mêmes complètement autonomes par rapport aux besoins humains. C’est cela la vision démocratique de la société unification par l’extérieur des disparités sociales, des séparations. Ensuite, la démocratie peut se dépolitiser pour mieux intégrer tout rapport humain au cycle de valorisation, par l’intérieur, à partir des besoins, ici à partir du corps de la femme.

L’Autogestion du corps

La séparation entre l’être humain et son corps a pour contenu l’oppression idéologique du corps par la pensée, mais surtout, en fait, la mise en veilleuse de la pensée fonctionnant encore sous la pression des limites “naturelles” : lutte pour la vie, sublimée en travail pour ne pas crever. Elle tend à être exprimée par le mythe de la “libération du corps”, idéologie dualiste qui ne voit le corps que comme corps individuel et/ou non social, propriété privée (privée de tout, y compris de son rapport au corps non-organique, la Nature), et par la “démocratisation” des activités spécialisées liées au corps (médecine, psychiatrie, sport, éducation sexuelle, etc.) c’est-à-dire par leur dépassement uniquement formel et idéologique. De la démocratie “ouvrière”, puis “directe”, on passe à la démocratie “de la vie quotidienne” qui crée le projet idéologique de l’autogestion de la vie quotidienne (vue comme comprenant le corps, la maladie, la sexualité, l’affectivité) en entérinant ainsi la séparation vie quotidienne/production.

De la même façon que les ouvriers sont appelés à prendre en main leurs entreprises pour les gérer, c’est-à-dire sont appelés à gérer leur condition de prolétaire (Clyde, Lip, Cerisay, etc.) en gérant le marché, le salariat, les capitaux, et la division sociale par entreprises, (cf. le numéro de Négation à paraître sur Lip), de cette même façon, les femmes sont invitées à prendre en main leur corps pour le gérer, c’est-à-dire gérer leur corps séparé, leur séparation d’avec leur corps, leur mutilation (avortement, cancer, sport, pornographie). Comme on le disait plus haut, on essaie de faire passer leur mutilation pour leur Libération.

Par le mythe de la discussion, de l’expression (elles s’expriment “sur leurs problèmes de femmes” : comme les ouvriers de Lip sur “leurs problèmes d’ouvriers”) elles doivent prendre en main, avec l’aide des amis du peuple (militants, médecins, etc.) leur existence sociale actuelle afin de mieux la perpétuer (comme les ouvriers de Lip autogérant Lip, perpétuent leur condition d’ouvriers).

En 1974, toute réforme est instrument de la contre-révolution qui se restructure en partie avec l’aide du projet autogestionnaire. L’autogestion, utopie capitaliste, n’est viable et proposée qu’en cas de crise capitaliste, pour d’ailleurs être liquidée par la suite après qu’elle ait maintenu l’existence de la valorisation dans quelques zones précises. Mais elle prend tout son sens dans la dépolitisation de la société, comme ultime politique, unification des séparations et des contradictions face à la crise et à partir de la crise :

Une société “autogérée” n’est viable que par une structure extérieure coiffant le tout et reliant chaque entreprise, le Parti ou le Conseil Central. Même si elle est l’expression coordonnée de ces entreprises, de ces conseils ouvriers, elle n’est l’expression que de leur existence en tant que cellules séparées et concurrentes, elle n’est que coordination de la séparation et de la concurrence. De la même façon les femmes, autogérant leur entreprise-corps sont unifiées et reliées démocratiquement par les spécialistes

– de leur libération (psu, ceres, mlf, choisir, ligue communiste, etc.) ;

– de leur corps (cis, médecins, etc.) ;

– de leur féminitude (choisir, mlf, femmes de l’intelligentsia universitaire ou cinématographique)

tout ceci regroupé dans un super et superbe racket étouffant — provisoirement — les appétits concurrents : le mlac, resucée plus moderne du Secours Rouge, et surtout plus adapté à l’existence immédiate des prolétaires-femmes.

Après le Viet Nam, la Palestine, et la répression, le grand spectacle monté à partir de Grenoble sur le film “Histoires d’A” ne fait qu’accélérer le processus de décomposition/recomposition du gauchisme, jouant une de ses dernières cartes mystificatrices, avant d’abattre ses vraies cartes historiques : la contre-révolution physique et la défense acharnée de la condition salariée.

Organisation et pratique du racket

L’organisation par quartiers mise en place par le mlac rejoint avec une évidence flagrante l’institutionnalisation de la sectorisation de la santé par le pouvoir moderniste — psychiatrie de secteur par exemple — et joue le même rôle para-policier et démocratique : le contrôle est ainsi mieux assuré et pris en charge par les intéressés eux-mêmes. La sectorisation outre ce rôle primordial de contrôle dilué et plus rationnel de mise en fiches de la population, démasquant le contenu historique des sciences dites humaines (psychologie, pédagogie, sociologie, psychanalyse) tend à structurer toujours plus la vie extra-travail en l’enserrant plus dans ses liens scientifiques et en y faisant participer les prolétaires.

Le prolétaire peut ainsi autogérer ses délires, ses maladies, ses dérèglements en tant que force de travail (c’est-à-dire sa résistance massive et/ou individuelle au Mode de Production Capitaliste) en aidant les spécialistes à en limiter les effets, en les intégrant à sa survie même de salarié. La mise en place par les forcenés gauchistes et humanistes de l’avortement, de quartiers, zones bien délimitées quadrillant la population, et les appels pour qu’elles viennent y participer et s’y organiser, ne font que refléter le mouvement tendanciel récent. Ce mouvement a deux aspects :

– mouvement même du Capital ;

– mouvement donc de la “population”, donc de la coexistence pacifique des prolétaires et des “autres” au sein de groupes réunis sur une aliénation particulière. Il y a là un Localisme insidieux qui, allié au localisme de l’usine, de l’immeuble, etc., prépare les forces diviseuses de la contre-révolution, destinées à s’exercer contre le prolétariat classe pour-soi, classe révolutionnaire, rapport social subversif en mouvement.

 

D’ailleurs, à l’époque des supermarchés, comme il faut des unités consanguines plus larges que la famille, c’est-à-dire issues de et liées au sang du capitalisme, à la circulation de la valeur, reliées plus immédiatement et plus massivement au procès de circulation (le capital n’est-il pas en train de tenter de dissoudre peu à peu la famille comme le montre ce modèle expérimental réel que sont les communes, obstacles la future communauté humaine) et il lui faut des structures organisant les activités extra-travail de plus grande envergure et les encadrant complètement par l’activité des “organisés” eux-mêmes, ce qui est plus rationnel et plus économique pour le Capital ; en effet les activités extra-travail concourront de plus en plus fortement en production globale de capital, il s’agit pour lui de réaliser le minimum de dépense au sein du procès de réalisation de la plus-value (et donc aussi de réformation de la force de travail) car tout temps de circulation ainsi que les services augmentent la dévalorisation. D’où le mouvement expérimental : crèches sauvages, écoles parallèles, églises communautaires, réseaux parallèles, produits divers, de la bouffe à la contreculture, organisation par les jeunes eux-mêmes de “fêtes” massives et répétées, associations de défense de ceci ou de cela, ou même, prise en charge par les hippies du service de voirie de leur quartier, etc. Comme il faut passer au travail par unités de production autonomes dans l’industrie, il faut organiser la sectorisation de l’avortement par quartiers avec discussion des gens du quartier (et avec la possibilité même de vérifier si des éléments étrangers ne s’y trouveraient pas)

Le Capital crée des communautés basées sur la séparation et correspondant à des pôles d’accumulations différents ou à des degrés divers de la simplification de la force de travail, et s’opposant les unes aux autres ainsi qu’à la totalité sociale, comble du fétichisme, puisque s’y opposent des rapports d’objets, de fractions du Capital, déguisés en rapports humains, en rapports historiques : régions, cités, couleurs, races, classe ouvrière, travailleurs, homosexuels, locataires, transports en commun, émigrés, jeunes, troisième âge, sexe, etc., et avortables/avortées. Dans cette communauté des avortables/avortées, c’est le passage à la force de travail la plus simple qui est inscrit, et c’est aussi, par la même occasion, l’entrée du besoin humain le plus “naturel” comme exclus dans la domination réelle.

Lorsque le mouvement de la valeur domine directement, par l’organisation des rapports sociaux immédiats, la totalité de 1’existence humaine, il tend à liquider la politique. Celle-ci ne peut plus servir à unifier les différents niveaux et zones du développement du Capital. Elle tend à devenir un simple spectacle ; elle disparaît en tant que sphère particulière de la domination. Par là même, le rôle de l’État change : il est totalement soumis à la loi de la valeur, et deviens un organisme compliqué dont chaque élément a pour fonction de placer sous la domination, exclusive de la valeur telle zone de la société, telle variable de la production (mesure de la valeur en tant de travail et tentative de répartir la péréquation du profit de façon pas trop déséquilibrée). Il s’agit donc pour le Capital, de défendre la structure organisationnelle de la société, comme l’être même de la vie sociale, toute entière soumise à son cycle.

Ainsi, l’autogestion, c’est l’État dissous dans chaque zone de la société, ou telle variable de la production, et issu de ces zones et variables, comme mu par la valeur et son cycle, c’est le capital à tous les niveaux.

C’est-à-dire qu’au moment où l’existence immédiate est en cause, touchée par l’approche de la crise, c’est de 1à qu’il faut partir pour le Capital afin de restructurer la société, le corporatisme, la démocratie sociale rêvés par les national-socialistes, voilà l’autogestion, la fin de la politique dans le sens du capital !

C’est donc à partir des besoins “immédiats”, des problèmes “quotidiens” que s’opère ce retournement : la réalisation de la politique (“prenez en main vos séparations”, “politisez le quotidien”, “tout est politique’’, etc.) est en même temps son achèvement, car plus rien n’est politique, cette médiation étant devenue simple représentation, entre autres, elle est dissoute dans la structure organisationnelle do la société. La communauté matérielle du Capital dissout la démocratie politique et accède à la démocratie sociale extra-travail. Le Parlement s’est déplacé, il n’est plus “politique”, il est la vie tout entière, la société civile bourgeoise devenant son propre État, la société devenue série de corporations, et l’État corporation-fonctionnaire du Capital.

Le corps de la femme est soumis au même scénario.

Cette autogestion séparée des morceaux séparés de notre vie est double :

– son fil conducteur est l’échange et le mouvement de la valeur ;

– mais, ses limites sont inscrites dans sa dépendance extrême vis-à-vis du rapport social fondamental : le salariat, et donc à l’existence immédiate de la force de travail.

L’avortement militant est situé au centre historique cette dépendance ; c’est le militantisme du dernier aspect de la crise de la valeur : son incapacité croissante à perpétuer historiquement la vie même inhumaine, en en renforçant ainsi son inhumanité d’autant plus, mais aussi en rendant autonome la vie du capital. C’est le militantisme réalisé, son nec plus ultra, son coup de clairon pour montrer qu’il n’est pas seulement politique, mais qu’il est un racket sur tous les besoins “humains”… en confondant et en faisant confondre les besoins humains avec les besoins liés au Capital et à son cycle.

Il ne reste plus que le suicide militant pour en finir.

Le militant, déjà racketteur par nature, exerce maintenant sont sinistre racket sur la vie et la mort pour vendre sa salade, pour assurer sa reconnaissance officieuse et officielle des autres pouvoirs, et, du Pouvoir en général.

Et nous pouvons livrer en vrac ces quelques pratiques courantes qui suivent, pratiques de choisir, du mlac, etc., et qui jouent cavalièrement avec la misère des avortées :

– avortement à Chambéry en échange franc et net de militer dans l’organisation ;

– pressions à Chambéry et Grenoble pour que les avortées participent à des groupes de discussion de quartier pour communiquer leurs expériences et pour qu’elles servent d’objets de démonstration ;

– pressions répétées sur une fille de Romans pour qu’elle accepte qu’on la filme en train de se faire avorter.

Alors que la seule envie d’une femme ou d’une fille se faisant avorter est que tout soit le plus vite fini. Comme n’importe quelle torture du travail, et qu’on passe à autre chose.

– choix au nom de “critères sociaux”… et par qui ? des médecins !!! afin de déterminer quelles seront les “bénéficiaires” de la méthode Karman et quelles seront les envoyées en Suisse ou à Amsterdam, ou à Londres, vérification policière par les militants et les médecins du lieu de résidence et du revenu des filles voulant se faire avorter (par exemple, les militants avorteurs à Romans demandent parfois aux candidates avortées leur fiche de paie)

– … et bien sûr, comme dans n’importe quelle administration, parallèle ou non, piston et dérogations aux critères et limites pour les… épouses et concubines des militants… ou pour les militantes elles-mêmes.

Tout cela n’a rien de surprenant et nous ne tenons aucunement à constituer “un dossier noir”. Tout le monde le sait et peut s’en rendre compte. Les saloperies en tout genre des contre-révolutionnaires gauchistes et de gauche et le marchandage dégueulasse de leurs services par les médecins qui ont remplacé le confessionnal et la sodomie spirituelle par le corps et la sodomie psychosomatique6, tout cela n’est pas nouveau, les Tarzans, Maos, et autres Docteur Schweitzer ne sont que les instruments ambigus et contradictoires du mouvement moderne du capital.

 

 

 

 

Contradictions au sein du capitalisme français et de ses représentants

La lutte entre le, gouvernement et les gauchistes ne fait que traduire les contradictions internes au Capital, les gauchistes étant l’expression de sa sénilité à la fois archaïque et moderniste :

Archaïsme du gauchisme : Les gauchistes tendent, par les réformes qu’ils concourent à mettre en place, à faire supprimer les inconvénients, troubles que le mouvement du capital amène inéluctablement, et ceci de plus en plus tragiquement. En cela, ils essaient d’enrayer de façon réactionnaire le mouvement du Capital ; c’est la raison pour laquelle ils se fixent sur la défense de rapports de production précapitalistes (autonomie régionale, socialisme africain et/ou musulman, lutter contre la prolétarisation des couches moyennes, etc.). La base en est la nécessité pour le Capital global d’exister en tant que relation entre des zones plus ou moins développées, mais concourrants toutes au cycle général.

Modernisme du gauchisme : et c’est mieux reconnu généralement, ils mettent le doigt sur les réformes nécessaires au développement de cette société, de l’autogestion à la “libération” de la femme.

Ce modernisme et cet archaïsme se rejoignent dans cette phase de sénilité/décadence où le Capital doit lui-même freiner le développement des forces productives et de l’espèce humaine (par la destruction s’il le faut) pour pouvoir survivre et refuser la citoyenneté capitaliste complète à des zones ou des secteurs de la population mondiale afin de mieux les intégrer à ses nécessités.

Dans la lutte pour l’institutionnalisation militante de l’avortement généralisé se lit le mouvement contradictoire qui ne peut mener le mode de production capitaliste qu’à sa mort :

– l’augmentation du capital contant par rapport au capital variable oblige à freiner la croissance des forces productives, c’est-à-dire du capital variable en surnombre ;

– l’importance décisive du capital variable pour qu’il reste une plus-value à extraire et un profit à réaliser nécessite la prolétarisation de toute l’humanité, avec la salarialisation de la femme.

Si les gauchistes sont en France en bisbille avec une large fraction de la bourgeoisie sur ce sujet, ce n’est que l’expression du retard des rapports sociaux français. D’ailleurs, une autre fraction de la bourgeoisie et des managers, ainsi que de l’opinion publique (Radio-capital variable) les rejoignent peu à peu, se montrant même dans certains cas plus libérateurs que les libérateurs.

L’État français est secoué par la crise actuelle de manières contradictoires :

– d’une part, il doit ajuster ses lois au contenu de la crise, longtemps latente, aujourd’hui ouverte ; d’où le projet de loi visant à autoriser l’avortement ;

– d’autre part, il doit accélérer durant cette crise, l’accomplissement des tâches non effectuées lors de la précédente (1929) et qui n’ont été entamées que depuis 1958 : la liquidation des classes moyennes, propriétaires (petits entrepreneurs et commerçants) ; or l’état ne peut remplir son rôle, à ce niveau, qu’en se ralliant/endormant dans un premier temps, ces classes par des mesures démagogiques.

La première de ces mesures est la loi Royer qui simule un renouveau d’avenir pour les classes moyennes en leur octroyant, entre autres, la force de travail excédentaire des scolarisés en non-formation.

La seconde se profile en négatif : légaliser l’avortement généralisé serait affirmer explicitement la disparition prochaine de ces classes (les petits commerçants ne pouvant plus se reproduire en tant que petits commerçants…). D’où, d’abord, l’édulcoration du projet de loi sur l’avortement, puis sa non-discussion par les députés en décembre.

Finalement, la prédominance momentanée de l’aspect archaïque du contenu de la crise en France sur son aspect moderne est la conséquence de l’ordre chronologique dans lequel se présentent les tâches du Capital français ; il doit s’ajuster sur la crise actuelle avant de pouvoir ajuster sa superstructure juridique à cette crise, question de vie ou de mort.

Royer triomphe de Taittinger, et Messmer/Pompidou en tant que figures de la “cohérence” globale du Capital, se promènent de l’un à l’autre.

 

 

 

 

Avortement et Communisme

Surtravail et surpopulation, crise et révolution

« Au développement du surtravail correspond celui de la surpopulation » (K. Marx, Grundrisse t. 2, p. 186, éd. Anthropos)

 

Le mode limite d’accumulation qu’a atteint le Capital réduit la part de travail humain dans la plus-value et le Capital est brutalement amené à reconnaître que finalement, c’est à la masse totale de cette dernière que se limite le profit réparti entre les capitaux. Le Capital n’est alors qu’un mode périmé du développement des forces productives en effet, tout accroissement minime du profit (seul but du Capital) nécessite une croissance relative du capital supérieure à celle du profit.

C’est à ce moment-là que la recherche de surprofit supplante celle de profit. L’accumulation ne peut se produire dans certaines zones que s’il y a perte de substance dans d’autres. Le Capital renvoie à l’arriération des aires qu’il avait commencé à développer (Afrique), il y a pénurie de profit.

En fait, incapable de se reproduire lui-même, le Capital est aussi incapable d’assurer la reproduction de l’espèce humaine. Et c’est une des manifestations principales de la récession économique précédent la crise cyclique (qui peut être la dernière, le Capital étant arrivé à la domination réelle sur le monde).

En effet, la reproduction de l’espèce, qui est devenue soumise au rapport du travail nécessaire au surtravail, est limitée par la valeur d’échange ; autrement dit, la progéniture doit revêtir une forme déterminée qui ne s’identifie absolument pas avec elle, afin de devenir objet de cette procréation, et cette forme, c’est la marchandise force de travail, la bonne viande prolétaire. « L’être humain est tout autant le produit du travail qu’une quelconque machine grâce à son activité… et tout individu arrivé à maturité peut à juste titre être considéré comme une machine qui a conté vingt ans de soins assidus et une avance considérable de capital » (Mac Culloch, The Principles of Political Economy, 1825). Or « la force de travail ne peut effectuer son travail nécessaire que si son surtravail peut avoir une valeur pour le Capital, si celui-ci peut les valoriser. Sitôt que cette valorisation est entravée par tel ou tel obstacle, la force de travail est premièrement, privée des conditions de reproduction de son existence elle subsiste alors sans ses moyens d’existence ; elle devient purement et simplement encombrante ; elle a des besoins, sans avoir les moyens de les satisfaire) ; deuxièmement, le travail nécessaire devient superflu, parce que le travail excédent n’est plus nécessaire7. Le travail est nécessaire pour autant seulement qu’il est une condition de la valorisation du capital. Le rapport entre travail nécessaire et surtravail, tel qu’il est posé par le capital, se renverse donc : une partie du travail nécessaire — du travail reproduisant la force de travail — devient superflue, et cette force de travail devient un excédent par rapport à la population laborieuse qui n’est pas superflue, parce qu’elle reste nécessaire au capital » (K. Marx, Grundrisse, t. II, p. III).

Le rapport entre quantité de force de travail nécessaire et surtravail devient alors :

1°/ une partie de cette même force de travail nécessaire — celle-là qui reproduit physiquement la force de travail — c’est-à-dire les prolétaires femmes, devient relativement superflue, devient tendanciellement en excédent par rapport à la force de travail restée nécessaire au capital ;

2°/ mais cette même fraction de la force de travail, qui devient en même temps de plus en plus nécessaire au capital, comme composante de la force de travail simple (femmes, immigrés, etc.), elle-même de plus en plus productrice exclusive de plus-value, vu le mouvement de dévalorisation qu’elle renforce d’ailleurs.

Le capital peut alors adopter une seule façon de résoudre cette dichotomie, en supprimant les effets du premier aspect de cette fraction féminine de la force de travail en supprimant la procréation, par l’avortement. La détermination spécifique de la femme tend à disparaître ainsi, l’activité tend à devenir encore plus abstraite. En effet, le capital fait de cette façon d’une pierre deux coups : la force de travail féminine, ne contenant plus dans son coût le prix de cette procréation réelle ou possible, et du travail domestique y afférant, devient encore plus simple, et le taux général de la force de travail baisse encore relativement au profit.

Il est bien évident que ce processus n’est ni concerté ni machiavélique, il est pris en charge au niveau du prolétaire femme par elle-même, comme réponse immédiate sur le plan de sa survie : il s’agit au niveau de sa conscience subjective, de pouvoir continuer à exister comme force de travail, continuer à bosser (ne pas être éliminé comme force de travail excédentaire au capital) même si en fait le mouvement semble inversé psychologiquement quand on travaille, il n’est pas possible d’avoir des enfants ; c’est le capital variable en mouvement qui, pour continuer à survivre, procède ainsi à une auto-régulation secrète, immédiate, douloureuse : l’avortement s’institue comme compagnon de jeu atroce du travail salarié, et nous voyons déjà ici que seule la suppression du travail salarié pourra supprimer cette barbarie.

La légalisation de l’avortement n’est donc, dans cette situation, que la reconnaissance par les fonctionnaires du capital :

– de l’impossibilité de faire coïncider la reproduction des moyens d’existence et celle de l’espèce, alors qu’elles sont entièrement soumises toutes deux aux impératifs extérieurs et contradictoires de la seule reproduction qui est moteur du mode de production capitaliste, celle du profit ;

– de l’impossibilité de planifier la reproduction globale de la vie immédiate ;

– que cette planification ne peut être assurée que par les prolétaires eux-mêmes après coup, sous l’emprise de la nécessité immédiate.

La crise de la valeur n’est jamais qu’apparition concrète de la contradiction de base qui est l’être du capital (valorisation/dévalorisation) ; elle déchaine les forces productives contre les rapports de production, et inversement ; elle tente ainsi, concrètement, de résoudre la contradiction en la portant paroxystiquement à un niveau supérieur. La crise est à la fois résolution et apparition concrète de la contradiction ; le capital, qui n’arrive pas à programmer une relation de cette contradiction, en est réduit à la réguler après coup et brutalement, par crises spasmodiques (guerres, famines, émigrations, avortement, etc.). Il montre ainsi sa nature essentiellement catastrophique, son impossibilité générale à être un système harmonieux.

Cette disharmonie se manifeste, entre autres, par le phénomène de surpopulation. « Chaque mode de production à ses propres lois de l’accroissement de la population et de la surpopulation, cette dernière étant synonyme de paupérisme… C’est uniquement dans le mode de production capitaliste que le paupérisme tire son origine du travail, ainsi que du développement de la force productive du travail » (Marx, op. cit. p. 106). La surpopulation est un rapport historique ; « la population n’est pas déterminée par des chiffres, ni par une limite absolue de productivité des aliments. Ce sent, au contraire, les conditions déterminées de production qui lui fixent des limites et détermine aussi le niveau de la surpopulation » (ib., p. 108).

« On ne trouve nulle part de rapport avec une masse absolue — d’ailleurs inexistant — de moyens de subsistances, mais un rapport avec les conditions de production et de reproduction de ces moyens qui englobent aussi bien les conditions de la reproduction humaine que de la population totale et de la surpopulation relative » (ib.).

Ce niveau du développement, c’est une société dans laquelle la production est production de valeur ; et la surpopulation n’est en excédent que pour un tel niveau du développement de l’échange. On voit donc le lien entre l’avortement se généralisant et la paupérisation croissante de l’humanité en tain de s’accomplir sous nos yeux même si pour l’instant elle n’est que relative alors qu’elle est déjà devenue absolue pour certaines des zones arrachées aux modes de production pré-capitaliste (la crise se démasquant par à coups et encerclement). Seule issue salvatrice à cette crise la révolution communiste rétablissant l’unité entre la population et la production, par la suppression de la valeur, par la régulation consciente du processus productif de la vie de l’humanité (moyens d’existence et procréation) peut éviter les catastrophes modernes qui sont aussi “naturelles” que l’introduction de la margarine dans la sauce béchamel.

La surpopulation traduit bien l’existence du prolétariat, rapport social et non pas couche sociale. L’avortement prend tout son sens à cet endroit. La caducité de la valeur, la mise en veilleuse de la reproduction élargie du Capital, c’est la caducité, la mise en veilleuse de l’existence du prolétariat, classe de la valeur, de son existence physique elle-même (guerre chômage, faim, avortement, maladie) et donc désormais, de la continuation biologique de l’espèce.

Quand il ne vaut plus rien, le prolétariat ne peut plus vivre dans l’échange et doit détruire le mouvement de la valeur, donc se nier lui-même, classe de l’échange fondamental, celui do la force de travail. L’impossibilité d’exister dans le système capitaliste renvoie à la définition du prolétariat comme classe de l’impossible reproduction du Capital, de son impossible reproduction elle-même, ainsi que comme classe de l’impossible existence de l’humanité.

Le prolétariat est un être catastrophe et la théorie communiste catastrophiste. Il est la dissolution en actes de la société bourgeoise, de la valeur d’échange et des valeurs morales ; et désormais, à ce stade ultime de 1a société bourgeoise, la dissolution en actes de l’humanité comme espèce, l’humanité étant entrée en totalité dans les rapports bourgeois.

Du fond de cette dissolution, deux possibilités s’affirment son autonégation (et la Révolution Communiste) ou son auto-décomposition (la barbarie et la fin de l’humanité). Cette dissolution c’est entre autres une société dans laquelle :

– 1/ le désir ou le besoin personnel sont barbares, créateurs de barbarie. Le désir /besoin d’avoir des enfants y entraîne la perpétuation de l’existence prolétarienne (vie plus crevante, fixée, aliénée, ennuyeuse pour les parents et surtout la mère ; fabrication supplémentaire de prolétaires, de valeur, de barbarie, de surpopulation),

– 2/ la barbarie amène à supprimer brutalement les désirs besoins quand ils apparaissent ; s’empêcher d’avoir des enfants quand on en a le désir signifie une mutilation profonde et sanglante.

Les besoins “humains” sont ainsi devenus autonomes par rapport aux nécessités du Capital (et donc, à ce titre, réprimés, non seulement déviés par lui, mais créés, fondés). Leur réalisation, quand elle est possible, est toujours par et dans le Capital. Cependant, celui-ci, en fondant et créant l’homme moderne jusque dans ses recoins les plus intimes, l’ayant réduit à une pauvre et misérable “machine désirante” (Deleuze) dans une dialectique impitoyable a aussi créé et fondé le besoin du communisme.

Seule la révolution communiste peut résoudre le problème de la procréation. Au sein du processus des luttes révolutionnaires, le prolétariat fondamental (producteur de plus-value) prendra la direction de ce processus, unifiant et englobant les luttes des couches prolétarisées ou les détruisant. En l’occurrence, dans le prolétariat fondamental réduit de plus en plus à de la force de travail simple, la femme ne peut que jouer un rôle très important et contribuer grandement à cette autonégation du prolétariat, en reproduisant son existence physique immédiate sur des bases humaines, c’est-à-dire en reproduisant l’existence de 1’être humain générique à partir de sa propre existence humaine, dans le mouvement de suppression de la fixation de la femme à son vieux rôle de pondeuse, salariée ou non.

Une des bases de la formation de la communauté humaine, c’est le dépassement de la, division du prolétariat en communauté du Capital, s’affrontant et se concurrençant, dont la plus vieille division — hommes/femmes — exprime le caractère formel du dépassement des conditions consanguines primitives. Chaque femme prolétaire en sera à partir de sa propre vie même physique — dont elle deviendra enfin maitre sans se payer de mots comme s’en paient les gorgones féministes actuelles — un agent actif et nécessaire

Des communes primitives au communisme supérieur, un fil est tendu : la création de la nature humaine

Dans les communes primitives, la femme participe également avec l’homme à la vie collective, car sa fonction productrice a autant d’importance — sinon plus — que celle de l’homme : elle procrée puis/et entretient les enfants, elle perpétue l’espèce physiquement puis/et socialement (d’où les systèmes matrilinéaires, tartes à la crème des crétins idéologues, structuralistes et autres bâtards de la pensée). Mais elle n’y participe que par sa fonction productrice, c’est-à-dire en sa condition de pondeuse. Elle n’y participe que par son existence limitée, telle qu’elle est apparue sur ses bases “naturelles”. Son existence “humaine” est soumise à la nécessité de procréer. Son existence d’être humain personnel n’est que l’effet secondaire de sa situation d’être consanguin, prisonnière de ses ovaires, tout comme l’homme n’existe que par sa force physique et son habileté à la chasse et à la défense contre l’extérieur. La soumission à la nature est intégrale et sans recours.

La commune primitive n’est pas encore une communauté humaine, mais une cellule basée sur le sang, et le sol qui l’a vu se ramifier, une cellule physiologique et naturelle, opposée d’ailleurs ou sans rapports ni métabolismes avec les autres cellules du tissu humain générique. La vie générique n’est pas universalisée il y a des communes qui s’ignorent ou/et se combattent dès qu’elles ne s’ignorent plus à cause de la surpopulation et de la pénurie dues à la technique encore rudimentaire. (Le capitalisme à l’opposé connaît la surpopulation et la pénurie, en rapport avec un développement massif et sophistiqué de cette même technique, incorporée dans les forces productives). Limitées par la terre qu’elles occupent et le sang qui les fonde, elles s’unissent à la nature sur le modèle de l’adoration/soumission, dues à l’hostilité, la puissance et l’insécurité de cette même “nature”.

La vie immédiate de la femme est soumise au même mouvement : elle est la pondeuse avant tout, d’où ces deux limites : la surpopulation et la pénurie comme expressions de cette condition. Le développement des techniques et de l’échange viennent, qui détruisent sans pitié ces communes dans un mouvement tendant à maîtriser la nature et à universaliser l’espèce.

En société capitaliste, la femme est exclue de la communauté sociale, ou tenue dans une situation inférieure, justement de par sa condition, de pondeuse. En effet chaque mode de production est déterminé par un type précis de production, le capitalisme est producteur de valeur. Ce qui ne produit pas de valeur y est improductif. La valeur y est l’agent universel entre les êtres, l’image du flux et du reflux des activités humaines, le désir sans autre objet que lui-même, se perpétuant, se valorisant sans cesse. Tout ce qui n’est pas moment de son processus productif n’est conservé que comme modalité à dépasser, limite à franchir ou à rejeter, par là-même, la femme en tant que pondeuse, ne participe pas à la communauté, qui est d’ailleurs, non pas humaine, mais la communauté du capital.

Participent à cette communauté les prolétaires, les femmes en tant que prolétaires. La communauté des femmes, dont on ne comprend généralement pas bien le sens, est une communauté basée sur le mode de l’exclusion du rejet, dernier reste de rapports sociaux pré-capitalistes au sein du mode de production capitaliste, ou/et de la résistance au mode de production capitaliste bien souvent (ce qui est lié, bien entendu). C’est la dernière communauté, issue de bases non capitalistes, dont le capital, dans sa domination réelle, s’est débarrassé peu à peu, depuis la Grande Guerre mondiale, pour arriver au point-limite : la barrière même de ce qui, chez la femme, la spécifie en tant qu’être “naturel”. La capacité à la procréation n’a en effet pas été crée par le capital (même s’il l’a entretenu de façon barbare, la remplissant de son contenu et de ses déterminations), d’où l’avortement.

La communauté primitive est dissoute, brisée ; l’être-individu produit par la société bourgeoise est produit comme séparé de l’être humain générique ; la femme voit sa fonction physiologique naturelle “séparée” de la vie collective. Pondeuse, elle reste, mais elle est retirée des champs, et rentrée dans le poulailler. Les limites de la commune primitive ont abouti à leur réalisation historique : l’existence primitive basée sur des critères “naturels” de sang et de sexe a permis la division de l’être humain collectif en deux communautés séparées et se repoussant, préludant la communauté humaine. La femme n’est prise en considération qu’en tant que prolétaire (tout comme l’homme d’ailleurs ; mais la nature de prolétaire chez l’homme n’est que la continuation de sa fonction de chasseur/guerrier/pêcheur/éleveur/agriculteur/artisan de la commune primitive, alors que chez la femme, il y a rupture violente et dichotomie persistante) et en tant que prolétaire étant femme elle vaut très peu (force de travail simple).

Elle n’existe ainsi que comme extrême misère. En sa condition, se lit la condition prolétarienne à l’état condensé être prolétaire signifie être détruit en tant qu’être naturel et humain. Son existence, même de prolétaire, est déterminée par sa qualité de pondeuse ; d’ailleurs, pour être une “vraie” prolétaire, il lui faut maintenant supprimer les effets de sa fonction physiologique “naturelle” continuant à exister sur une base non-humaine (elle fait des gosses n’importe comment, puis avorte). De toute façon, son rapport au capital, pondeuse domestique et prolétarisée, ou prolétaire femme avortée (quand elle n’est pas les deux alternativement, ou en même temps) est toujours par rapport à ses ovaires, les limites naturelles sont toujours là.

S’il y a eu victoire sur la nature (production de valeur), c’est encore sur une base “naturelle”, limitée qu’est basée la vie sociale (pénurie, travailler pour ne pas crever, ne pas pouvoir aller partout ou l’on veut, etc.). La communauté “naturelle” est brisée : l’homme s’en est échappé, mais celle-ci le soumet encore à son impitoyable vindicte, de façon tragique et ironique à la fois : la séparation femelles/males est remplie du contenu capitaliste. La “libération” de la femme est donc liée à son entrée dans l’esclavage moderne de la production et du salariat, et la suppression de sa fixation à sa fonction naturelle. Mais cette suppression se heurte à un obstacle de taille : la physiologie de la femme, la “nature”. L’avortement est là pour en témoigner. Seule, la disparition du salariat pourra permettre cette suppression, car avec le travail salarié disparaîtra l’obligation de lier la procréation à la nécessité issue de la pénurie ou de l’excédent d’enfants, pénurie ou excédents par rapport aux besoins du Capital. Dans le Capitalisme, la nature est maîtrisée comme immédiateté, c’est tout. L’homme ne l’a pas humanisée, il y a imprimé le côté non humain de son existence, le Capital, produit de son activité. C’est le Capital qui humanisé la nature, qui l’a transformée et non plus l’homme, pollution du Capital et de la nature. Ce n’est pas l’homme qui est lié à la nature, mais le Capital. Le capitalisme est la continuation de la nécessité de la lutte pour la survie, de l’insécurité, de la pénurie à un niveau supérieur. Mais en même temps, c’est l’homme qui maîtrise la nature (car le Capital, ce sont des rapports sociaux) en accentuant et développant son côté immédiatement et naturellement inhumain (la souffrance naturelle sublimée, l’insécurité naturelle sublimée), qui reproduit à un niveau supérieur les limites de la barbarie naturelle. La femme y est donc toujours la pondeuse, sacrifiée ou non, mais objet de la communauté du Capital. Son rapport à la communauté primitive s’est transformé en une espèce de “communisme grossier” tel que le décrit Marx dans les Manuscrits de 1844 (pp. 85-86, Éd. Soc.) dans lequel elle est devenue la proie de la volupté collective bestiale et/ou aberrante, la misère sociale, c’est toujours la préhistoire.

L’homme ne maîtrise rien de la nature, il la domine comme on domine un esclave rétif. La dialectique maître/esclave se lit aussi à l’œuvre dans le rapport homme/nature, marquant les deux d’un sceau dégradant. En tendant à dominer la nature, il “domine” sa propre nature, la réduit en esclavage, et va jusqu’à la rejeter hors de lui, rempli de l’être Capital.

– 1/ il rejette ainsi sa nature biologique initiale, ses pulsions sa participation à la vie des champs, des arbres, des étoiles, en allant jusqu’à la destruction organisée de cette nature (avortement, pollution) ce qui est le chemin de sa destruction pure et simple (l’homme, être social a cependant des bases naturelles qu’il ne peut saper sans disparaître) ;

– 2/ il rejette aussi sa nature historique humaine.

Il sépare les deux pôles en en empêchant le fusion. Il s’agit d’une auto-décomposition dans le retour à une nature uniquement extérieure, même plus consanguine.

Dans la société communiste, la communauté devient humaine, ni naturelle (communes primitives), ni matérielle (communauté du Capital).

– Elle s’est soumise son origine elle n’est plus prisonnière du sol et du sang, elle a le temps comme espace, elle n’est plus indifférenciée, noyée dans les rapports immédiats de la nature.

– Elle s’est soumise son objectivation : elle n’est plus prisonnière du travail, elle n’est plus indifférenciée du mouvement même des forces productives qu’elle s’est soumise quantitativement et qualitativement.

Il y a un devenir conscient. Il y a passage de la préhistoire à l’histoire, de la nécessité à la liberté. La communauté est en harmonie, réconciliée avec elle-même et la nature. La nature ne la brise plus en l’obligeant à poursuivre le cycle infernal du développement universel, mais borné de la production, afin de dépasser les limites et les forces naturelles. La valeur, en même temps quelle a définitivement délivré l’homme des limites et fixations quantitatives, a posé les bases d’une nouvelle communauté fondée sur son abolition, nouvelle communauté permettant le retour à la nature comme à un partenaire amoureux intérieur et extérieur, à la fois, en même temps qu’elle se reconnaît dans l’ensemble des êtres humains, sur leur base d’êtres humains, et non plus de femmes ou d’hommes, de bourgeois ou de prolétaires.

Dans la société communiste, il y a suppression de la division sociale du travail et de la division naturelle du travail qui en est le présupposé initial. La procréation devient affaire de tous, la femme est partie prenante de la communauté, mais non pas à partir de sa situation de pondeuse, de “femme’’. Elle n’est plus pondeuse. La grande division à l’intérieur des communes primitives est désormais abolie. La sexualité peut alors, d’inhumaine, devenir humaine, et n’être ni une fonction animale grossière et indistincte, ni une activité aliénée (réprimée et déviée, ou au contraire envahissant tout afin de compenser le vide des rapports humains).

Il n’y a plus de tâches, de fonctions ou d’activités privilégiées, qui donneraient une prédominance, un pouvoir particulier ou une infériorité particulière (plus de hiérarchies sociales) comme dans la société de classe, donc la femme est réellement l’égale de l’homme.

Il n’y a plus de fixation de l’existence à une tâche, une fonction, une activité déterminée, soit physiologiquement, soit socialement. On est être humain avant d’être femme ou homme, et il y a diversification des activités, même si être femme signifie alors pouvoir avoir des enfants, ce n’est plus cela qui fonde l’existence de la femme. Ce n’est plus une Fonction et donc une obligation à la réaliser, ou une mutilation à ne pas la réaliser, mais une capacité, une possibilité, une force.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de différence entre l’homme et la femme, mais les différences concourront toutes également à l’unité et à l’unification génériques et immédiates de la communauté. « On voit comment l’homme riche et le besoin humain riche prennent la place de la richesse et de la misère de l’économie politique. L’homme riche est en même temps l’homme qui a besoin d’une totalité de manifestations vitales humaine. L’homme chez qui sa propre réalisation existe comme nécessité intérieure, comme besoin. Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté de l’homme reçoivent — sous le socialisme — une signification humaine, et par conséquent sociale. Elle est le lien passif qui fait ressentir aux hommes comme un besoin la richesse la plus grande, l’autre homme. » (K. Marx, Manuscrits, éd. Soc. p. 97). Et la procréation, le désir et l’acte de faire un enfant est alors évidemment issu de ce besoin de l’autre homme. Marx, juste après, conclut : « La dénomination de l’essence objectivée en moi, l’explosion sensible de mon activité essentielle est la passion qui devient par là l’activité de mon être. » Procréer signifie participer à la continuation de la communauté et de ses bases sociales d’un type nouveau, et ceci jusque dans le mode d’apparition et de réalisation de l’acte et de ce qui l’entoure (avant, autour, après), et sera inclus dans un contrôle rationnel, car passionnel de la perpétuation de l’espèce, par tous, dans leur vie immédiate elle-même. Il ne pourra plus y ravoir d’opposition entre le désir individuel d’avoir un enfant et les nécessités collectives ; ce que désirera chacun sera force essentielle correspondant au cycle de la société/espèce. Procréer sera un mouvement inhérent à ces besoins et nécessités d’être social, et le choix sera alors issu de l’existence de l’individu, immédiatement social.

 

« Ce sera l’universalisation des besoins, des capacités, des jouissances, des forces productives, etc., des individus, universalité produite dans l’échange universel. Ce sera la domination pleinement développée de l’homme sur les forces naturelles, sur la nature proprement dite, aussi bien que sur sa nature à lui. Ce sera l’épanouissement entier de ses capacités créatrices, sans autre présupposition que le cours historique antérieur qui fait de cette totalité un but en soi ; en d’autres termes, développement de toutes les forces humaines en tant que telles, sans qu’elles soient mesurées d’après un étalon préétabli. L’homme ne se produira pas comme unilatéralité, mais comme totalité. »

K. Marx, Grundrisse, t. 1, p. 450

 

Le corps sera enfin réuni avec sa “tête”, mais surtout le corps individuel sera immédiatement social, humain/générique.

Le communisme verra des individus en harmonie avec l’être collectif. La programmation des naissances ne se fera plus après coup, pour colmater les catastrophes, elle sera liée au temps disponible, au désir disponible, et aux capacités disponibles des intéressés. Elle se situera dans une société où l’appropriation privative des enfants et du temps ne mutilera plus la femme dans ses désirs de faire des enfants, soit par leur production barbare, soit par leur destruction tout aussi barbare, car ils seront humains immédiatement, jusque dans leur surgissement dans et par la communauté humaine, et non plus séparés des désirs des partenaires hommes.

« Le communisme est un plan de vie pour l’humanité » (Bordiga).

L’abolition du travail, c’est la production et la procréation abolies en tant que catégories. Elles seront dissoutes dans la vie humaine immédiatement et historiquement. La survie biologique de l’espèce sera dépassée, dissoute, dans et par l’existence immédiate et historique de la communauté, en elle-même, et pour elle-même.

Les enfants du Nouveau Monde porteront en eux, jusque dans leur conception, la nature nouvelle du monde, sa nature enfin humaine.

Ce ne seront plus des femelles prolétaires “mettant bas” des prolétaires, mais des êtres humains, en l’occurrence des femmes accouchant d’êtres humains. Et tout sera bouleversé, de la grossesse à l’enfantement, formellement, techniquement et au niveau du contenu.

La reproduction de l’espèce humaine sera dissoute dans la reproduction de la communauté humaine, au contraire des communes primitives où la reproduction de la commune n’est qu’un moyen de la reproduction de l’espèce.

 

« Admettons que nous ayons produit en tant qu’homme dans sa production chacun de nous se serait doublement affirmé lui-même et aurait affirmé l’autre. J’aurais :

premièrement, objectivé dans ma production mon individualité, sa particularité, et j’aurais donc, aussi bien joui pendant mon activité, d’une manifestation vitale individuelle que connu, en contemplant l’objet, la joie individuelle de savoir que ma personnalité est une puissance objective, perceptible par les sens, et en conséquence au-dessus de tout doute.

deuxièmement, dans ta jouissance ou ton usage de mon produit, je jouirais directement de la conscience à la fois d’avoir satisfait dans mon travail un besoin humain et d’avoir objectivé l’essence de l’homme, donc d’avoir procuré l’objet qui lui convenait au besoin d’un autre être humain.

troisièmement, d’avoir été pour toi le moyen comme entre toi et le genre, d’être donc connu et ressenti par toi-même comme un complément de ton propre être et une partie nécessaire de toi-même ; donc de me savoir confirmé aussi bien dans ta pensée que dans ton amour.

quatrièmement, d’avoir créé dans la manifestation individuelle de la vie, la manifestation de ta vie, donc d’avoir confirmé et réalisé directement dans mon activité individuelle, mon essence vraie, mon essence humaine, mon essence sociale. »

K. Marx (Notes sur James Hill)

Conclusion

Ce qui fait vivre le Capital est aussi ce qui provoquera sa mort. Si ce mode de production n’existe que par la négation de l’humanité, à terme cette autonomie par rapport au besoin humain fait apparaître clairement son incompatibilité avec les forces productives qu’il a développées.

Nous sommes aujourd’hui au premier acte du processus par lequel le Capital devient caduc (cf. la pénurie). Parce que le prolétariat — classe-en-soi — ne se reproduit que dans la mesure où le Capital se reproduit, la mise en veilleuse de celui-ci est aussi l’extinction de cette classe en soi. Parce que l’interruption de la reproduction élargie du Capital est aussi l’interruption de la reproduction des moyens d’existence du prolétariat, pour ne pas crever, celui-ci sera contraint de se constituer en classe pour soi afin d’abattre le Capital dans sa survie directe.

Le prolétariat sera contraint de reproduire son existence immédiate sur des bases humaines, en supprimant la valeur, le salariat, et donc en se supprimant lui-même positivement.

Son autosuppression est le premier acte de transformation réelle de ses conditions d’existence que devra accomplir le prolétariat.

Cette autosuppression sera l’acte décisif concluant tous les moments constamment retournés contre elle, où l’humanité tenta de devenir communauté humaine, depuis l’apparition des premières communes. La révolution communiste est la fondation d’une nouvelle espèce, le genre humain, dont l’avortement possible si le prolétariat ne se constitue pas en parti historique se lit à partir des avortements actuels.

Le monde est gros d’un nouveau monde.

 

Grenoble, Paris,

Janvier 1974.

 

Notes

1 – « Fos/Marseille, développement par enclave et (auto)négation de la force de travail », R. Simon, B.P. 287 – 13605 Aix-en-Provence.

2 – « La révolution communiste, thèses de travail », Jacques Camatte, B.P. 133 – 83170 Brignoles.

3 – « Hellas… », R. Simon, B.P. 287 – 13605 Aix-en-Provence.

4 – « La révolution communiste en Irlande ».

5 – Gilles Dauvé, B.P. 24 – 93 Bondy.

6 – Le lecteur excusera la coloration indéniablement hétéroflic de cette notation…

7 – Marx se place ici dans la perspective du dépassement du Capital. Dans la perspective de la crise, nous dirions plutôt : “le travail en excédent n’est plus possible”.