Numéro 16 — (Printemps 2012)

Luttes actuelles et communauté humaine
Flux de capitalisation et systèmes techniques
L’État-réseau : histoire et modalités


I. Luttes actuelles et communauté humaine

Des grèves d’octobre-novembre 2010 en France, puis des révoltes arabes au mouvement des indignés espagnols et des occupy américains, Temps critiques

Il serait bien sûr erroné d’attribuer le même sens à tous ces événements ou de considérer qu’ils manifesteraient le même niveau de radicalité, mais nous pensons qu’à l’instar de la fameuse « crise économique de 2008 », ils ont profondément marqué les années qui viennent de s’écouler. Nous avons, à chaque occasion, écrit quelques commentaires à chaud ou diffusé diverses interventions sur les événements auxquels nous avons participé. Nous n’avons pas jugé utile de reprendre ces textes tels quels dans ce numéro (...)

II. FLux de capitalisation et systèmes techniques

Systèmes fluidiques et société connexionniste, Bernard Pasobrola

« Je dirai maintenant comment est faite Octavie, ville-toile d’araignée. Il y a un précipice entre deux montagnes escarpées : la ville est au-dessus du vide, attachée aux deux crêtes par des cordes, des chaînes et des passerelles. (…) Telle est la base de la ville : un filet qui sert de lieu de passage et de support. Tout le reste, au lieu de s’élever par-dessus, est pendu en dessous : échelles de corde, hamacs, maisons en forme de sacs, portemanteaux, terrasses semblables à des nacelles, outres pour (...)

Derrière la crise financière, l’unification problématique du capital, Jacques Wajnsztejn

Le discours du capital sur l’économie
Ce n’est pas parce que le discours que la société capitaliste porte sur elle-même tend à faire accroire que l’économie domine tout et le domine comme une fatalité (« Il n’y a pas d’alternative » disait déjà Margaret Thatcher), que nous devons lui faire confiance et tout appréhender à partir d’une vision économiciste. C’est pourtant ce qui s’impose dans les médias avec un discours asséné aussi bien par des journalistes que par des hommes politiques ou encore des économistes. (...)

Crise, dramaturgie et jeu, Bernard Pasobrola

On néglige souvent, dans l’analyse de l’imaginaire de l’économie, la notion de jeu, ou bien on la réduit à l’activité sur les produits financiers qualifiée d’« économie-casino ». Il y aurait d’une part une économie saine et sérieuse, un usage rationnel de l’argent, et, d’autre part, des excès ou débordements dus à l’inconscience ou l’irresponsabilité de certains acteurs économiques qui auraient une tendance excessive à « jouer » au lieu d’accomplir consciencieusement leur mission.
Anselm Jappe, par exemple, (...)

III. L’état-réseau : histoire et modalités

État-réseau et genèse de l’État : notes préliminaires, Jacques Guigou

Le premier Léviathan ne révolutionne pas
les conditions matérielles de production
car c’est lui qui les institua. (…)
Le premier Léviathan révolutionne les conditions
de l’existence elle-même, et non seulement
celles des êtres humains mais celles de tous
les êtres vivants et de la mère-terre elle-même. Fredy Perlman, Against His-story, Against Leviathan (1983)
Avancée par Temps critiques depuis une douzaine d’années1 pour caractériser un des effets majeurs de la totalisation du capital sur les (...)

Réseau et/ou oligarchie : les voies impénétrables de la domination du capital, Jacques Wajnsztejn

Cet article est le fruit d’une discussion inachevée entre nous sur les rapports entre réseaux, oligarchie et système. Elle est restée inachevée et cet article n’est que le fruit personnel d’une extrapolation. Le point de départ, ce sont des questionnements.
Les réseaux exercent-ils une force plutôt centripète ou au contraire centrifuge ? Font-ils système ou pas ? Pour le moment j’ai plutôt penché pour le non en disant d’une manière plus large que le capitalisme n’est pas un « système », mais ça reste très (...)

Le retour en grâce du mot « oligarchie », Bernard Pasobrola

Un spectre hante aujourd’hui le discours politique, celui du mot « oligarchie ». Ce concept avait peut-être été un peu oublié, nous alerte le journaliste Hervé Kempf, mais « nous sommes entrés dans un régime oligarchique : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens1. »
En fait, ce concept a fait partie de la rhétorique social-démocrate pendant bien longtemps. Pour Jaurès, par exemple, l’État était l’expression à la (...)

Sur « l’en commun » , Jacques Guigou, Jacques Wajnsztejn

C’est une notion assez courante aujourd’hui car, malgré sa généralité, elle exprime bien une dimension de la séparation dont les effets conduisent les individus à ne plus vraiment faire société. Comme nous l’avons dit plusieurs fois, la société civile n’existe plus dans la société capitalisée.
Par ailleurs, « l’en commun » ne peut pas être assimilée à la communauté humaine. Les deux notions n’ont ni la même genèse social-historique, ni le même contenu théorique et pratique. Voyons cela de plus près.
L’en commun (...)