Hors-séries


  • Guerre du capital et antiennes anti-impérialistes : l’Ukraine, Temps critiques

    Le capital ne dépasse rien La crise sanitaire avait entraîné l’idée fugace que l’ancien monde pouvait, dans l’urgence, laisser place à un monde nouveau parce que l’événement semblait passer au révélateur ce qu’implique l’acceptation et la reproduction de ce qu’on a appelé la société capitalisée. Celle-ci pouvait être remise en cause non pas au nom d’une prise de conscience, car de tout cela tout le monde ou presque est plus ou moins conscient. En conséquence, il ne s’agissait pas de (…)

  • Un rééquilibrage du national et du global dans le jeu des puissances, Temps critiques

    Globalisation et puissances (les contradictions du capitalisme du sommet, le niveau 1 de la domination) Ces notes s’inscrivent dans la continuité de celles sur le Brexit1 il y a quelques années dans la mesure où la tendance à la restructuration en réseaux dans l’hypercapitalisme du sommet qui était pour nous une tendance dominante paraît aujourd’hui contredite. L’opportunité nous en est donnée par la rupture australienne du contrat sur les sous-marins nucléaires français, avec le rôle joué (…)

  • La religion, une particularisation de la tension vers la communauté humaine, Temps critiques

    Le processus de sécularisation en question Ce qui frappe quand on lit les textes historiques marxistes ou anarchistes sur la religion1, c’est leur virulence dans leur opposition à des forces qui apparaissent comme de véritables suppôts de la réaction ou de la contre-révolution (royalistes en France, phalangistes et nationaux-catholiques en Espagne). Même encore en 1968, une des pires critiques qui pouvaient être proférée par un militant « révolutionnaire » à part « espèce de (…)

  • Luttes et syndicats, un marché de dupes, Temps critiques

    En France, paradoxalement, c’est dans les années qui suivent mai 1968 que les syndicats dits ouvriers1 se transforment en véritable « force tranquille », anticipant et redoublant la stratégie du Programme commun de la gauche. Le recentrage de la CFDT d’abord, les droits syndicaux dans l’entreprise (lois Auroux de 1982) ensuite, semblent faire entrer le syndicalisme français dans une social-démocratisation déjà en place dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest. Mais patatras, alors que se (…)

  • Les Gilets jaunes et la crise de légitimité de l’État, Temps critiques

    Après plus d’un an d’actions et de manifestations, on peut se demander pourquoi les Gilets jaunes ont été si durement touchés par la répression policière et cela, globalement dans l’indifférence. Au point d’arriver à une banalisation de cette répression dont le niveau d’intensité interroge tous les « observateurs », tant elle a été disproportionnée par rapport à un soulèvement dépourvu de tout matériel offensif et même défensif et ne cherchant à faire valoir que sa détermination à imposer (…)

  • Du droit de pétition au référendum d’initiative citoyenne, Temps critiques

    Des formes ancien­nes d’un droit de péti­tion exis­taient en Angleterre dès le XVIe siècle. Mais il est d’abord une plainte ou une sug­ges­tion adres­sée au Parlement par un indi­vidu. C’est l’époque des théo­ries du droit natu­rel qui ont pré­cédé les théo­ries des droits de l’homme à partir de la décla­ra­tion anglaise de 1689 (John Locke), qui pré­fi­gure la monar­chie cons­ti­tu­tion­nelle et la notion de « sou­ve­rai­neté par­ta­gée ». Mais en France aussi les débats du XVIIIe siècle expri­ment une méfiance par rap­port à la démo­cra­tie directe et lui pré­fère un répu­bli­ca­nisme basé sur l’idée de repré­sen­ta­tion. Pour Rousseau, par exem­ple, la volonté de tous (unité concrète du peuple) est caco­pho­nie et la volonté géné­rale (comme unité trans­cen­dante) qu’il désire sou­ve­raine doit être confiée à une aris­to­cra­tie élective. De même, Tocqueville, dans son étude sur l’Amérique (1830) per­çoit la pos­si­bi­lité de l’exer­cice de cette volonté géné­rale comme défi­ni­toire de la démo­cra­tie, alors que le modèle défi­nit par Madison, l’auteur de la Constitution, est une cri­ti­que de la démo­cra­tie exces­sive, des frac­tions et même du prin­cipe majo­ri­taire qui pour­rait conduire à la dic­ta­ture. Mais cons­cient de cela, Tocqueville envi­sage les corps inter­mé­diai­res comme des contre-pou­voirs néces­sai­res.

  • Gilets jaunes : une résistance à la révolution du capital, Temps critiques

    Dès l’ins­tant où l’on s’accorde pour reconnaî­tre un rap­port entre le mou­ve­ment des Gilets jaunes et les pro­ces­sus contem­po­rains de tota­li­sa­tion et de glo­ba­li­sa­tion du capi­tal — pro­ces­sus que nous avons nommé « la révo­lu­tion du capi­tal » — il importe de carac­té­ri­ser ce rap­port et de le faire autre­ment qu’en termes de simple rap­port immé­diat cause/ consé­quence. Des flots de dis­cours et d’écrits ont été pro­duits qui relè­vent de cette déter­mi­na­tion cau­sale : les Gilets jaunes sont en révolte contre les dégâts de tous ordres que la « mon­dia­li­sa­tion » exerce sur eux ; les Gilets jaunes sont les vic­ti­mes de « La Finance », des firmes mul­ti­na­tio­na­les et de l’État ran­çon­neur.

  • Un printemps en France ?, Temps critiques

    Il s’agit ici, avant tout, comme dans le projet précédent de 2013 sur l’Accord natio­nal inter­pro­fes­sion­nel (ANI), de parer au plus pressé afin de s’ali­gner sur les critères de compétiti­vité des autres pays européens (les fameu­ses réformes de struc­ture demandées par Bruxelles) qui ont tous mis en place des mesu­res de flexi­bi­lité de la force de tra­vail avec plus ou moins de sécuri­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels.

  • L’unité guerre-paix dans le processus de totalisation du capital, Temps critiques

    La « guerre totale » moderne, loin d’être l’une des inventions diaboliques de la révolution nazie, est bel et bien, dans tous ses aspects — sans excepter le langage — le produit indiscutable de la démocratie elle-même et plus particulièrement le fruit de la guerre de l’Indépendance américaine et de « la grande révolution française ». C’est un point important soulevé par Korsch dans la mesure où il ne fait pas de ce type de guerre le fruit d’un accident de l’Histoire, sans pour autant en faire un produit exclusif du mode de production capitaliste. Il y a bien sûr un rapport entre démocratie et capitalisme, mais ce rapport est médié par l’institution d’un État-nation, à la fois produit par une guerre originelle et source des suivantes. Au passage la formule de Korsch égratigne la vulgate marxiste de la guerre comme nécessité économique du capitalisme. Même si elle peut avoir des causes économiques, la guerre a toujours un caractère politique.

  • Soubresauts, Temps critiques

    En juin 1991 nous écrivions : « Pour les pays dominants, les guerres ne sont plus menées d’un point de vue national car il n’y a plus de territoire à défendre contre un ennemi extérieur, depuis la fin de la politique des blocs. En outre, l’universalité du capital et la « libre » circulation des hommes ont depuis longtemps violé « l’intégrité » nationale. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait plus d’intérêts nationaux, mais ceux-ci s’inscrivent immédiatement dans une logique mondiale qui les subordonne. Ainsi en va-t-il de la position de la France : après avoir tenté d’affirmer une position particulière, nationale, elle s’est finalement ralliée à l’Amérique, au nom des intérêts supérieurs de la reproduction d’ensemble du système capitaliste. Et tant pis pour ses intérêts au Moyen-Orient !

  • La nécessaire critique du travail… est trop urgente pour la laisser aux mains de nos ennemis, Temps critiques

    Dans les formes pré-capitalistes, le travail qui était surtout un moyen de domination et l'exploitation purement économique ne revêtait qu'un aspect secondaire ; le but principal n'étant ni l'accumulation, ni la reproduction élargie.

    C'est avec le développement du mpc (mode de production capitaliste) qu'on a accolé valeur et travail, en ne cherchant dans le travail que son aspect créateur de valeur et non son caractère disciplinaire d'activité aux ordres.